Lisa Balavoine, fragments d’intime

Lisa Balavoine, professeur, vient de publier son premier roman, Éparse, aux éditions Lattès. Elle est notre invitée le 26 avril prochain au Café littéraire, en compagnie de Sophie Lemp.

 

Que répondriez-vous à quelqu’un qui vous demanderait : qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Je suis quelqu’un de tout à fait banal. Une femme, une mère de famille, une fille, une amie, une prof. Je suis, comme beaucoup de gens, quelqu’un qui lit beaucoup et qui écrit parfois. La parution d’un livre n’a jamais été au programme. C’est un hasard de la vie, un joli hasard, qui change l’existence, la prolonge, lui donne d’autres couleurs, sans la transformer.

Comment résumeriez-vous Éparse ?

Éparse est un portrait de femme qui aborde la quarantaine. C’est un moment de pause où la narratrice se demande où elle en est dans sa vie. Les amours qu’elle a eues, celles qu’elle a perdues, les relations avec ses parents, ses grands-parents, ses enfants. C’est un texte sur la féminité, le temps qui passe, les illusions que l’on perd. C’est aussi apprendre à se détacher des poids pour se sentir plus légère et aborder l’avenir en s’aimant un peu mieux, en s’accordant davantage de bienveillance.

Le roman assemble des anecdotes, des définitions de mots inventés, des listes, des phrases plus poétiques, des interrogations. Pourquoi cette écriture en fragments ? La forme a-t-elle été pensée ainsi dès le début ?

La forme allait de pair avec le fond. Éparse est un projet global : cette femme décousue dans sa vie ne pouvait être transcrite qu’à travers un livre dont l’architecture est déconstruite. Au lecteur de reconstituer lui-même la trame, au fil de sa lecture, de croiser les épisodes, les temporalités, les facettes.

En tant que lectrice, j’affectionne les formes courtes. J’aime des auteurs comme David Thomas, Thomas Vinau, Emmanuelle Pagano, qui savent exprimer beaucoup dans des écritures très resserrées, efficaces, percutantes. Tout comme le texte d’une chanson peut raconter une histoire en seulement trois minutes.

Le roman s’ouvre sur une citation du morceau Glory Box de Portishead et se termine par la bande originale du roman. La musique est présente en continu dans votre livre. Pourquoi ?

La musique est un vecteur émotionnel puissant. Beaucoup des événements de notre vie sont jalonnés par des chansons, des morceaux de musique. Une musique a la capacité de nous faire plonger des dizaines d’années en arrière en une fraction de seconde, la capacité de nous faire danser, sauter de joie ou pleurer pendant des heures. Chacun pourrait au seuil de sa vie faire le bilan de ce qu’il a vécu avec des morceaux qui l’ont accompagné. Cette force de la musique supplante toutes les autres pour moi, parce qu’elle est immédiate et viscérale.

Ce roman pourrait être un journal intime. On y croise des gens qui existent réellement. Quelle est la part de fiction ? L’autofiction est-elle un choix dès le début ou est-ce venu pendant l’écriture ?

Ce n’était pas un choix je crois, plutôt une nécessité. Tout d’abord c’est dans cette écriture que je me sens le plus à l’aise, en tant qu’auteure mais aussi en tant que lectrice. Rien ne me touche autant que ceux qui parviennent à se questionner sur eux-mêmes, se mettre à nu. Les textes les plus importants dans ma vie sont ceux d’Annie Ernaux, Virginia Woolf, Sophie Calle, Anaïs Nin, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute… Beaucoup de femmes, qui parlent d’elles ou d’émotions qui leur sont proches.
Je crois que la meilleure définition de l’autofiction pour moi est celle du réalisateur Arnaud Desplechin, « on peut se déguiser en soi-même pour inventer de la fiction. » C’est exactement cela : dans Éparse, je suis déguisée en moi-même, mais c’est moi sans l’être, c’est moi et beaucoup d’autres femmes. L’autofiction consiste à se prendre pour objet d’étude, mais pour en sortir, aller vers l’autre, lui tendre un miroir.

 Comment est venue l’envie d’écrire ?

J’ai beaucoup écrit pendant l’enfance et l’adolescence. Des histoires, des chansons, des contes, des poèmes. Puis j’ai fait des études de lettres et là, j’ai écrit de façon plus institutionnelle, des dissertations, des commentaires de textes, des mémoires, vraiment j’adorais ça. Ensuite, j’ai eu des enfants et j’ai profité de leurs premières années. Je suis revenue à l’écriture par le blog, vers la trentaine. J’écrivais déjà sur l’intime, la féminité, l’amour, le désir. Le blog m’a confortée parce que de nombreuses personnes me disaient être touchées et se sentir proches de mon écriture. Cela m’a donné envie de ne pas me limiter à cela et d’écrire quelque chose de plus construit, d’aller vers le réel.

Quel a été le parcours pour être publiée ?

Je crois que le hasard y est pour beaucoup. C’est un parcours classique : j’ai envoyé mon manuscrit par la poste, à huit éditeurs. J’ai eu quelques retours argumentés et puis des lettres de refus, comme tout le monde. Je n’ai pas trouvé cela décourageant, juste normal. Et puis j’ai par hasard fait la connaissance d’un agent, Jean-Baptiste Gendarme, qui a lu mon texte, y a cru, m’a proposé son aide. Lui aussi a d’abord essuyé quelques refus mais en septembre il a rencontré Charlotte Von Essen (éditrice chez JC Lattès), sur un salon, et lui a parlé de mon texte. Elle a été emballée. Un mois plus tard, le contrat était signé.

Comment est venue l’idée de la lecture avec Sophie Lemp, que vous proposerez à la médiathèque ?

Sophie Lemp m’a contactée quelques semaines après la parution d’Éparse. Nous ne nous connaissions pas du tout. Elle m’a écrit pour me dire que mon livre l’avait émue et qu’elle y avait vu des échos avec le sien, Leur séparation (publié chez Allary). J’ai acheté son livre et ai ressenti les mêmes échos. Nous nous sommes rencontrées. Le courant est passé. Quelques jours après je lui ai proposé que nous fassions une lecture croisée pour prolonger la vie de nos livres : le sien est paru en septembre 2017, le mien en janvier 2018, la vie d’un livre est tellement courte ! Nous avons choisi des extraits et nous nous sommes lancées. Plusieurs libraires et salons sont réceptifs à notre proposition et cela nous fait plaisir de partager ces moments ensemble.

Mathieu Amalric a-t-il répondu à cette jolie déclaration que vous lui faites ?

Ahaha non, je n’ai eu aucune nouvelle. Mais ce n’était pas le but non plus. Dans Éparse, Amalric joue un peu le rôle du fantasme que chacun d’entre nous peut avoir, ce moment où on s’imagine avec un acteur, un chanteur… Il ne fait qu’incarner ce fantasme, un peu malgré lui, et si je l’avais en face de moi, je ne saurais pas quoi lui dire !

Le prochain roman est en cours d’écriture. Peut-on en savoir plus ?

Je travaille sur deux projets en parallèles, mais ils ne sont pas terminés. Le premier est un projet qui mêle le texte et la photographie, un projet autobiographique, qui traite du deuil. Le second est un roman où j’essaie de me frotter à la fiction, même si le personnage principal reste une femme, de presque mon âge, séparée et mère de famille. Je vais simplement essayer de lui donner une autre vie que la mienne, ça changera un peu !

Propos recueillis par Hélène Deschère.

 

/// Bonus ///

Découvrez la playlist du roman de Lisa Balavoine :

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *